Regard sur soi

J’émerge lentement de la grippe, d’une journée à l’autre. Désœuvré, l’esprit embrumé, j’erre sur la Toile sans trop savoir ce que je cherche.

Je consulte régulièrement la page où seront affichés les résultats scolaires. Cette obsession n’a aucun sens. Les profs en animation ont pour philosophie de ne pas noter très haut. Et puis, je me suis toujours débrouillé pour mériter de bonnes notes, peu importe la matière. J’aime apprendre et je ne lésine pas sur le travail. Pourquoi me préoccuper des notes et rafraîchir la page des dizaines de fois ? Je pense que je cherche une confirmation, la confirmation que je suis à ma place. Une bonne note indiquerait que j’aurais fait le bon choix en étudiant en dessin animé. Je me doute bien que c’est ridicule, mais je ne peux m’en empêcher.

À l’approche de cette dernière session, des questions existentielles émergent comme des bulles. Peut-être est-ce cette crise du milieu de la vie (j’ai toujours du retard sur la vie). Est-il trop tard pour apprendre l’animation. Je répète à qui veut l’entendre qu’il faut terminer ce qu’on entreprend, que l’on a toujours quelque chose à en retirer. Et si j’avais tort ?

Depuis le début de la formation, je suis en manque de poésie, de réflexion, de projet collectif. J’ai du mal à me sentir à ma place. Le côté ingénieux et artisanal du dessin animé m’a toujours séduit. Cet aspect semble évacué sur les pipelines de production (le mot pipeline, utilisé dans l’industrie, me rebute). L’industrie de l’animation accorde peu d’importance aux artistes. Au Québec, les studios sont grassement subventionnés, mais le secteur ne semble démontrer aucune envie de contribuer à la collectivité qui le soutient. C’est mon impression, peut-être est-elle injuste.

Puis les dernières notes sont apparues sur la page. 74 % en animation, ouch ! Que dois-je en retenir ? La frustration monte quand je pense à tout ce travail, à ces rencontres individuelles où le prof n’avait pas de commentaires à formuler. Mais la colère est de courte durée. J’ai un projet de film à mener à bien. Pourquoi laisserais-je à d’autres le pouvoir de décider de ce que je vaux ?

Bien sûr, ce serait plus rassurant de recevoir une bénédiction de l’extérieur. À force de l’attendre, j’ai compris que ce type de reconnaissance ne tombe pas du ciel. C’est ma responsabilité de ne pas oublier qui je suis, mes valeurs et ce que je veux faire de ma vie. C’est inconfortable. C’est un effort de tous les instants. Comme bien des gens, je suis le plus sévère de mes juges. Mais ce regard honnête sur soi-même est nécessaire. Ça ferait une excellente résolution pour 2020…

À lire : Animateur de talent, Samuel Cabanac dresse la liste de ce qu’il a appris en travaillant sur Klaus (en anglais) : Klaus’s Lessons : things I’ve learned while animating on Klaus

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