L’esprit du lieu

J’aime fignoler. L’idée d’accélérer le processus à l’étape de la production ne me dit rien qui vaille. Pour le moment, j’ai mis de côté l’animation (zéro papier) et je me concentre sur les décors…

Première maquette réalisée pour le cours de préproduction. Un des profs de lay-out m’a convaincu qu’un lit d’enfant devait être fait de bois tourné (voir l’ensemble des lits d’enfants des films de Walt Disney).

Dessin construit en vectoriel, dans Harmony. Oublié le bois tourné, je me suis basé sur les meubles d’enfants créés par Marcel Gascoin pendant la période de la reconstruction d’après-guerre. Mais le résultat est trop droit, ça manque de vie.

Motif de la tapisserie qui ornera le haut des murs de la chambre, chêne rouge (Quercus rubra).

Dernière version. J’ai gauchi les meubles et ajouté textures et lumières dans Photoshop. J’ai utilisé des textures que j’ai faites à l’aquarelle. C’est la partie que je préfère (et j’y passe trop de temps). J’ai tenté d’utiliser la méthode efficace d’un illustrateur de grands talents, Marcin Jakubowski. Ce décor sera utilisé dans les scènes 03 et 05.

 

La marche de Maja

Et c’est reparti ! D’ici le 26 janvier, je dois avoir terminé la couleur des décors et l’animation brouillon des douze plans de mon démo. Je ne sais pas si je vais y arriver, je ferai de mon mieux. Pour commencer en douceur, j’ai revu un tutoriel d’Aaron Blaise sur la marche des quadrupèdes. Et j’ai dessiné un cycle de marche pour le personnage de Maja, la panthère, dont voici le premier jet :

Ma motivation est encore chancelante. Je suis encore sonné de la dernière session. J’ai décidé que j’allais donner priorité à ma santé : je reprends la course à pied. Et réserver un espace dans mon quotidien pour la lecture. Je m’en suis remis à la synchronicité à la Grande bibliothèque, en explorant le rayon des livres sur la motivation. Il y a dans cette section beaucoup de grands n’importe quoi, des approches bidons, recyclées par des pseudo coachs de vie. J’ai eu la chance de tomber sur un ouvrage de Piero Ferrucci, psychologue ayant popularisé l’approche de la psychosynthèse : Your inner will.

Sans complaisance, Piero Ferrucci explore les fondements de la volonté. Il illustre son propos par des histoires tirées de la mythologie ou du folklore. Un livre costaud, complexe et passionnant. Je lis bien en anglais, mais la richesse du vocabulaire m’a demandé quelques efforts. L’une des recommandations du Dr Ferrucci est de tenir un journal. Prendre une distance avec les événements et nos réactions permet de développer une vision plus claire de nos souhaits les plus sincères. C’est ce que je ferai ici.

Sur Facebook, j’ai vu passer la suggestion de Jennifer : Draw stronger, de Kriota Willberg. Guide très exhaustif sur la prévention des blessures chez les dessinateurs. Je connais plusieurs dessinateurs qui ne peuvent plus créer sans souffrir. Le sujet est donc important, et Kriota Willberg est une experte sur la question, mais l’ouvrage gagnerait à être synthétisé. Les gags sont sympathiques, mais répétitifs.

Biomécanique du fauve

anatomie du félin
Veterinary Anatomical Illustration, University of Wisconsin

L’heure est venue de trouver des références qui serviront à solidifier l’animation. Pour les êtres humains, c’est simple, il suffit de trouver des volontaires et de les filmer. Pour les animaux, c’est plus complexe. La banque vidéo de la BBC sur Getty Images est bien utile. Mais je cherchais depuis longtemps des images d’un félin vu du dessus. Et puis Émilie m’a envoyé cette vidéo :

Crédit : Paween Sarachan et Arthurnal

Pour débuter avec le cycle de marche d’un félin, ce cours d’Aaron Blaise vaut assurément le prix d’achat : How to Animate a Four Legged Walk Cycle ! D’autres références dans la section Apprendre de ce blogue.

Première maquette

Très bientôt, la préproduction sera derrière moi. Au cours des derniers mois, le rythme de travail s’est accéléré. Les dates de remises se succédaient. J’ai essayé d’en profiter pour expérimenter avec l’univers visuel du film. J’ai exploré les limites de mes capacités. J’espérais que le poids de la fatigue libère ma créativité. Que le travail remplace l’attente de l’inspiration.

Voici l’une de mes expérimentations, une maquette remise pour le cours d’effets spéciaux. Les lucioles ont été bricolées par une ancienne étudiante, je n’ai modifié que la zone où elle se manifeste. La brume glisse sur le côté avec une turbulence. J’ai travaillé le bord de l’ombre avec un dégradé rougeâtre. Ça sort bien sur la peau. Sur les cheveux, le résultat est moins heureux. Si le temps le permet, j’aimerais ajouter un frisson dans les arbres. J’ajouterai des textures, probablement avec After Effect.

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Klaus : Incandescent

Lorsqu’au début des années 2000, les studios Disney délaissent le dessin animé pour se tourner vers l’animation 3D, plusieurs annoncent la mort de l’animation traditionnelle. Après les succès de Pixar (Toy Story et Cie), le 3D s’accapare le territoire du cinéma d’animation américain. Le dessin animé est relégué à la télévision et aux productions médiocres. Encore aujourd’hui, quand je parle de mes études en dessin animé, on me regarde avec perplexité : « Tu fais de la 3D, non ? »

tiré de la bande annonce de Klaus

C’est donc en nageant à contre-courant que Sergio Pablos, animateur de renom, s’est lancé dans la réalisation d’un long métrage entièrement dessiné par des humains. Sergio Pablos ne cherchait pas à revenir à l’âge d’or de l’animation, mais à pousser le dessin animé au-delà des limites de l’animation 3D. Pour illustrer ce qu’il avait en tête et vendre le projet, il a réalisé la bande-annonce que voici en 2015. Depuis, tout le milieu de l’animation attendait avec fébrilité la sortie du film. C’est finalement grâce à Netflix que le projet s’est concrétisé, juste à temps pour les Fêtes 2019… Et les attentes n’ont pas été déçues.

Prouesse technique et chef d’œuvre de direction artistique, Klaus est un film européen taillé pour les marchés américains. Original, maîtrisé et visuellement magnifique. Faites-vous plaisir, allez voir Klaus!

Préproduction

J’aperçois enfin la fin de session qui se dessine à l’horizon. Je rêve d’avoir deux jours de congé collés, lové dans mon divan. (MAJ : ça se concrétisera le 21, 22 et 23 décembre!)

couverture du recueil de modèles
Couverture du recueil de modèles, sur laquelle j’ai passé trop de temps…

La fin de cette session correspondra à la fin de la préproduction. Ces dernières semaines seront intenses. Je dois terminer le recueil de modèles qui permettrait à une équipe fictive de terminer le film sans moi, en cas de décès, produire une première version des décors à la ligne de tous les plans (la mise en place/lay-out), planifier le timing de toute l’animation (les feuilles d’exposition ou xsheet) bâtir et documenter la maquette des effets spéciaux pour deux plans. Je dresse des listes et j’essaie d’avancer un pas à la fois, sans trop regarder la montagne qui s’élève devant moi. Lire la suite

Soir d’orage à Budapest

Réalisée pour le cours d’effets spéciaux, la scène se déroule dans une chambre de Budapest avec vue sur le Danube et le parlement hongrois. Ces 14 secondes ont demandé beaucoup de travail. Je suis particulièrement fier de la petite buée dans le bas de la vitre, du tremblement de la caméra au coup de tonnerre et de la tapisserie inspirée des motifs de la culture magyare. J’aime fignoler les détails que personne ne remarquera : j’avais pensé mettre les titres au dos des livres, dans la bibliothèque, mais c’était trop petit…

La scène a été colorée sur Photoshop avec des textures à l’aquarelle et animée sur Harmony. Ce projet marque la fin d’une étape. Dans quelques semaines, la préproduction de mon film de finissant sera complétée et la production se mettra en branle. Pendant le congé des Fêtes, je dois travailler à temps plein sur la colorisation des décors et une première version de l’animation des 12 scènes.

Orage à Budapest

À la dure

Je suis têtu, j’ai toujours pressenti que c’était une force. Ma tête dure m’a été utile pour traverser les dernières semaines. J’essaie de ne pas trop penser aux mois à venir. Intellectuellement, j’ai compris qu’il me fallait lâcher prise, admettre que je ne sais pas où je m’en vais, même si ce n’est pas ma façon habituelle de fonctionner. Mais le corps a plus de mal à s’abandonner. Mes nuits sont secouées de cauchemars et de réveils angoissés.

En temps normal, l’arrivée des Fêtes me rassurerait. J’ai toujours associé Noël au repos, sous les couvertures à regarder tomber la neige. Mais cette année, les vacances se limiteront aux jours fériés, 25 décembre et 1er janvier. Entre les deux sessions, je dois finaliser mes dix décors en couleurs et faire une première version de l’ensemble de l’animation de mon film de finissant. Je dépose ici des traces de mon parcours pour me rappeler que j’avance. Un jour, je pourrai relire tout ça sous une couverture, en regardant tomber la neige…

J’ai passé de longues journées sur le projet Nuit d’orage. La scène se déroule à Budapest, dans une chambre avec vue sur le Danube et le parlement hongrois. Depuis plusieurs semaines, nous travaillons sur l’animation : un orage éclate (pluie, éclairs, brume sur le Danube), le vent ouvre le battant de la fenêtre (ma fenêtre arrondie est un sérieux défi de perspective !) et souffle la bougie (flamme qui frétille, halo, reflet, fumée). Tout ça avec le logiciel Harmony, que l’on ne maîtrise pas encore complètement et avec Photoshop, où l’on fabrique toutes les couleurs. Lire la suite

Scénarimage

Ma motivation glisse en ce moment dans un creux de vague. On vient de passer la mi-session et je me retrouve épuisé, inquiet des échéances qui s’empilent et déçu par l’inconsistance du soutien offert par les professeurs. Je suis insatisfait de ce que je dessine alors que le rythme de production s’accélère. Et travailler dans une salle commune bruyante et sans fenêtre me pèse de plus en plus.

J’ai senti le besoin de rééquilibrer mon quotidien. J’ai largué les médias sociaux. En quête de quelque chose de plus nourrissant, je suis retourné au cinéma. (J’ai vu les excellents Jeune Juliette, Kuessipan et Matthias et Maxime.) Et j’ai laissé la lecture se refaire une place dans mes moments de liberté.

Voici quelques images de la version la plus récente de l’animatique présentée la semaine dernière devant un panel de professeurs et d’étudiants. Si je me fie aux commentaires, les émotions du personnage principal ont encore besoin d’être clarifiées. Le contraste devrait être plus fort entre la peur et la curiosité, entre l’émerveillement et la confiance. Le prof qui a démoli chacune des versions a demandé : « Pourquoi il est toujours triste ? »

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