À la dure

Je suis têtu, j’ai toujours pressenti que c’était une force. Ma tête dure m’a été utile pour traverser les dernières semaines. J’essaie de ne pas trop penser aux mois à venir. Intellectuellement, j’ai compris qu’il me fallait lâcher prise, admettre que je ne sais pas où je m’en vais, même si ce n’est pas ma façon habituelle de fonctionner. Mais le corps a plus de mal à s’abandonner. Mes nuits sont secouées de cauchemars et de réveils angoissés.

En temps normal, l’arrivée des Fêtes me rassurerait. J’ai toujours associé Noël au repos, sous les couvertures à regarder tomber la neige. Mais cette année, les vacances se limiteront aux jours fériés, 25 décembre et 1er janvier. Entre les deux sessions, je dois finaliser mes dix décors en couleurs et faire une première version de l’ensemble de l’animation de mon film de finissant. Je dépose ici des traces de mon parcours pour me rappeler que j’avance. Un jour, je pourrai relire tout ça sous une couverture, en regardant tomber la neige…

J’ai passé de longues journées sur le projet Nuit d’orage. La scène se déroule à Budapest, dans une chambre avec vue sur le Danube et le parlement hongrois. Depuis plusieurs semaines, nous travaillons sur l’animation : un orage éclate (pluie, éclairs, brume sur le Danube), le vent ouvre le battant de la fenêtre (ma fenêtre arrondie est un sérieux défi de perspective !) et souffle la bougie (flamme qui frétille, halo, reflet, fumée). Tout ça avec le logiciel Harmony, que l’on ne maîtrise pas encore complètement et avec Photoshop, où l’on fabrique toutes les couleurs. Lire la suite

Scénarimage

Ma motivation glisse en ce moment dans un creux de vague. On vient de passer la mi-session et je me retrouve épuisé, inquiet des échéances qui s’empilent et déçu par l’inconsistance du soutien offert par les professeurs. Je suis insatisfait de ce que je dessine alors que le rythme de production s’accélère. Et travailler dans une salle commune bruyante et sans fenêtre me pèse de plus en plus.

J’ai senti le besoin de rééquilibrer mon quotidien. J’ai largué les médias sociaux. En quête de quelque chose de plus nourrissant, je suis retourné au cinéma. (J’ai vu les excellents Jeune Juliette, Kuessipan et Matthias et Maxime.) Et j’ai laissé la lecture se refaire une place dans mes moments de liberté.

Voici quelques images de la version la plus récente de l’animatique présentée la semaine dernière devant un panel de professeurs et d’étudiants. Si je me fie aux commentaires, les émotions du personnage principal ont encore besoin d’être clarifiées. Le contraste devrait être plus fort entre la peur et la curiosité, entre l’émerveillement et la confiance. Le prof qui a démoli chacune des versions a demandé : « Pourquoi il est toujours triste ? »

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Fauve

Nous en sommes à l’étape de la préproduction : finaliser le design des personnages et des décors, tester l’animatique devant différents publics et… retourner encore à la table à dessin. Je dois réaliser de front toutes les étapes que se partagent habituellement plusieurs équipes. Par moment, j’ai un peu le vertige et je me concentre sur l’étape devant moi pour ne pas voir la montagne de travail qu’il me reste à faire.


La panthère schématisée (les pattes raccourcies lui donnent la silhouette d’un gros chat) pour le recueil de modèles (personnages, décors, accessoires, couleurs) que je suis en train de monter.

Boy & the World, la rébellion de l’imagination

C’est mon professeur de lay-out qui m’en a parlé le premier. Il croit que j’erre quelque part entre le réalisme et la stylisation (qu’il appelle l’allégorie). Pour lui le film Boy & the World (O Menino e o Mundo) est l’exemple parfait d’une stylisation à la fois extrême et parfaitement réussie. Le soir même, je regardais une entrevue d’Ed Hooks, homme de théâtre et auteur d’Acting for animation. Il citait lui aussi Boy & the World comme un exemple, mais cette fois-ci du jeu d’acteur des personnages. Il fallait que je voie ce film.

Visuellement, le film est un enchantement. Le réalisateur brésilien Alé Abreu a choisi d’utiliser au maximum les textures de la peinture, du papier, des crayons à colorier. Le personnage principal est un enfant de sept ans, simplifié à l’extrême, mais extraordinairement expressif. Le scénario qui se développe en spirale est parfaitement cohérent avec le visuel et le propos. C’est un film brillant, émouvant et une prouesse technique.

image du film Boy & the World

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Temps forts

J’ai travaillé ces dernières semaines sur un beat board, un tableau des temps forts qui rythment mon histoire, une ébauche des différentes ambiances que je voudrais créer pour mon court métrage. On y retrouve la chambre de Ian (plan 01), la forêt où il se retrouve en poursuivant la panthère (plan 06) et la scène finale au lever du jour (plan 10).

Ian dort.

Ian marche dans la forêt.

Ian retrouve la panthère.

Bien que je voie une nette amélioration dans la qualité de mes illustrations, je reste insatisfait de celles-ci : l’ensemble manque d’unité au niveau du style et des couleurs. Je trouve que la première et la troisième pourraient être plus originales. Je compte sur les profs pour m’aiguiller vers du mieux. [MAJ : La première fait définitivement trop film d’horreur, je veux du mystère pas de la terreur… Et dans la troisième, on dirait que la panthère a un pompon au bout de la queue.]

Mes idées ont mûri au cours de l’été. Je suis (un peu) moins anxieux à l’idée d’affronter la préproduction qui commence lundi prochain. Mon projet de film retourne donc dans le secret jusqu’à la première, en mai 2020. D’ici là, vos commentaires sont les bienvenus ! (Cliquez sur le titre de l’article, si vous lisez ceci sur la page d’accueil.)

Les archétypes rôdent

J’ai retrouvé tant d’histoires qui ressemblent à ma prémisse. Je la croyais unique, née en gribouillant autour de devoirs des cours d’animation ou de personnage. C’est probablement qu’elle touche à quelque chose d’universel, l’archétype de l’enfant qui rencontre les forces de la nature sous les traits d’un fauve. C’est d’ailleurs l’un des arcanes majeurs du tarot: La force.

La force, par Robert Place La force, par Alfons MuchaLa force, par Leo Tang
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Edward Julius Detmold & Charles Maurice Detmold

Les frères Detmold, Edward Julius et Charles Maurice, furent des illustrateurs prolifiques de l’ère victorienne. Très tôt dans l’enfance, ils se passionnent pour les sciences naturelles et sont fascinés par la représentation des plantes et des animaux dans l’estampe japonaise. Les jumeaux Detmold ont fait leur première exposition à Londres, à l’âge de 13 ans, à la Royal Academy of Arts et au Royal Institute of Painters in Water Colour. En 1903, à l’âge de 20 ans, ils réalisent 16 aquarelles pour illustrer Le livre de la jungle de Rudyard Kipling, publié par les éditions MacMillan. Ce fut pour eux la consécration.Illustration des frères DetmoldJ’admire comment les frères Detmold marient la rigueur scientifique aux influences de l’Art nouveau. Lire la suite

Modelage II, la panthère

J’ai pris une pause du dessin et je suis retombé en enfance le temps de créer une panthère en pâte à modeler. L’exercice me permet de mieux saisir les volumes. En cherchant des photos de références, j’ai appris plein de choses sur les panthères (Panthera pardus) et ce qui les différencie des autres félins : têtes plus rondes, mâchoires puissantes, pattes avant et cou musclés pour transporter les proies dans les arbres, pieds larges pour marcher en silence aussi bien au sol que dans les branches, griffes rétractiles qui donnent aux doigts de pied une forme carrée.

La panthère chasse à l’affût en bondissant sur ses proies, ses pattes plus courtes ne lui permettent pas de courir aussi efficacement qu’un lion, mais elle peut faire des bonds de 4 à 6 mètres. Lire la suite