Évolution du projet de court-métrage

Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Nicolas Boileau

Une version préliminaire du scénario et du scénarimage seront remis aux professeurs dans les prochaines semaines. Je dois également présenter de nouveau l’histoire, cette fois-ci devant un panel d’étudiants. Le personnage principal a vieilli, il a maintenant 12 ans. La panthère a une allure plus menaçante. Elle ne sera visible que pendant une partie du film, l’accent est mis sur la réaction de l’enfant. Le décor de la chambre s’est précisé et la forêt est devenue un paysage de campagne : champs, collines, boisés. Dan, mon prof de personnage, dit que pour réussir un film poétique, il faut sacrifier la poésie et aller jusqu’à la disséquer. J’ai donc analysé en profondeur la signification de tous les éléments de l’histoire et les motivations du personnage.

Voici les dernières versions du croquis que je présenterai au 2e panel :

COMpLepasseurV2

Il me reste des améliorations à apporter. Lors d’un panel, j’ai entendu une conversation où deux personnes se demandaient s’il s’agissait d’une panthère ; la couleur est à réajuster. Le volume de l’avant-bras droit du garçon et le pied droit avant de la panthère sont à refaire…

Pour voir la toute première version, c’est ici.

Clair-obscur

La semaine de lecture m’a permis d’explorer la pensée de l’un des pionniers de l’animation américaine, Maurice Noble. L’ouvrage The Noble Approach, Maurice Noble and the Zen of Animation Design décrit sa méthode de travail, de l’idéation jusqu’au dessin final.

Après les premiers essais de composition (thumbnails) et bien avant le choix des couleurs finales, Maurice Noble accordait une grande importance aux valeurs. La valeur est l’intensité lumineuse d’une couleur, du clair à l’obscur. Selon lui, si une composition fonctionne en nuances de gris, elle fonctionnera aussi bien avec à peu près n’importe quelle couleur. Il testait d’ailleurs ses premières ébauches en utilisant un filtre rouge ou bleu qui masquait les teintes et les saturations.

Dans son approche de la couleur, Maurice Noble a été influencé par le travail de plusieurs artistes du clair-obscur : Rockwell Kent, Paul Landacre, Lynd Ward et Gustave Doré, dont voici quelques gravures:

Gustave Doré, L’enfer de Dante, Wikimedia

Le contraste guide l’œil et l’amène à concentrer son attention, là où l’artiste le souhaite. Il crée des effets dramatiques ou resserre l’espace autour d’un personnage afin de créer une zone d’intimité. Particulièrement en animation, l’utilisation des valeurs doit améliorer la lisibilité des personnages et de l’action, même lorsque l’environnement est complexe.

Gustave Doré, Troubadours chantant la gloire des croisades, Wikimedia

Mes derniers essais de couleur manquaient, selon moi, de force et d’unité. Je travaillerai davantage les valeurs. À suivre… J’ajoute l’ouvrage sur Maurice Noble dans ma liste des essentiels.

Du dessin

Dimanche de poudrerie, pause au cœur de l’hiver, un temps pour la lecture.

« Je ne sais pas d’art qui puisse engager plus d’intelligence que le dessin. Qu’il s’agisse d’extraire du complexe de la vue la trouvaille du trait, de résumer une structure, de ne pas céder à la main, de lire et de prononcer en soi une forme avant de l’écrire ; ou bien que l’invention domine le moment, que l’idée se fasse obéir, se précise, et s’enrichisse de ce qu’elle devient sur le papier, sous le regard, tous les dons de l’esprit trouvent leur emploi dans ce travail, où paraissent non moins fortement tous les caractères de la personne quand elle en a.»

— Paul Valéry, Degas danse dessin, Gallimard, 1960