En grève pour le climat

Pour les prochains jours, ce blogue sera fermé pour cause de crise climatique. Cette nature qui a enchanté mon enfance est en train de s’effondrer. Les espèces-emblèmes de mon territoire : béluga, caribou, saumon, carcajou,  s’approche chaque jour un peu plus de l’extinction. Si on ne se réveille pas, nous seront les prochains.

Les archétypes rôdent

J’ai retrouvé tant d’histoires qui ressemblent à ma prémisse. Je la croyais unique, née en gribouillant autour de devoirs des cours d’animation ou de personnage. C’est probablement qu’elle touche à quelque chose d’universel, l’archétype de l’enfant qui rencontre les forces de la nature sous les traits d’un fauve. C’est d’ailleurs l’un des arcanes majeurs du tarot: La force.

La force, par Robert Place La force, par Alfons MuchaLa force, par Leo Tang
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Le lion de Jacob

J’ai eu un coup de foudre pour Jim’s Lion de Russell Hoban et Alexis Deacon, traduit en français par Monsieur Ed, sous le titre Le lion de Jacob. C’est l’histoire d’un petit garçon qui doit affronter des peurs trop grandes pour l’enfance et qui découvre en lui le courage sous la forme d’un lion gigantesque. Un thème qui se rapproche davantage du scénario que je tente de développer pour mon court-métrage.

Lion
Illustration d’Alexis Deacon

Les mots de Russell Hoban, tout en délicatesse, vont à l’essentiel pour raconter le quotidien de l’enfant. Ils s’effacent presque complètement lorsque celui-ci entre dans le monde des rêves. Les illustrations foisonnantes et redoutables d’efficacité d’Alexis Deacon prennent alors la relève. Juste et puissant, le résultat évoque l’imaginaire et la folie des bandes dessinées de Winsor McCay. Lire la suite

Ma panthère noire

Cet été, je dois finaliser mon scénario. J’ai fait de la recherche pour voir si des histoires similaires existaient. Ma première inspiration est venue du souvenir d’un livre que j’aimais beaucoup enfant, La grande nuit d’été (1957), de Lida Durdivoka, illustré par Romain Simon. Un garçon est entraîné par son chat dans la forêt lors d’une nuit magique où les animaux parlent et font la fête. Je rêvais de vivre une telle expérience.
La grande nuit d'été
Le livre est désormais difficile à trouver. J’en ai déniché un exemplaire à la Collection nationale.

À la Grande Bibliothèque, j’ai trouvé un livre pour enfant avec une prémisse vraiment très proche de la mienne. Ma panthère noire, d’Anne Sibran, illustré par Caroline Gamon. Par la fenêtre de sa chambre, une enfant aperçoit le regard d’une panthère au fond du jardin. Lire la suite

Évolution du projet de court-métrage

Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Nicolas Boileau

Une version préliminaire du scénario et du scénarimage seront remis aux professeurs dans les prochaines semaines. Je dois également présenter de nouveau l’histoire, cette fois-ci devant un panel d’étudiants. Le personnage principal a vieilli, il a maintenant 12 ans. La panthère a une allure plus menaçante. Elle ne sera visible que pendant une partie du film, l’accent est mis sur la réaction de l’enfant. Le décor de la chambre s’est précisé et la forêt est devenue un paysage de campagne : champs, collines, boisés. Dan, mon prof de personnage, dit que pour réussir un film poétique, il faut sacrifier la poésie et aller jusqu’à la disséquer. J’ai donc analysé en profondeur la signification de tous les éléments de l’histoire et les motivations du personnage.

Voici les dernières versions du croquis que je présenterai au 2e panel :

COMpLepasseurV2

Il me reste des améliorations à apporter. Lors d’un panel, j’ai entendu une conversation où deux personnes se demandaient s’il s’agissait d’une panthère ; la couleur est à réajuster. Le volume de l’avant-bras droit du garçon et le pied droit avant de la panthère sont à refaire…

Pour voir la toute première version, c’est ici.

Clair-obscur

La semaine de lecture m’a permis d’explorer la pensée de l’un des pionniers de l’animation américaine, Maurice Noble. L’ouvrage The Noble Approach, Maurice Noble and the Zen of Animation Design décrit sa méthode de travail, de l’idéation jusqu’au dessin final.

Après les premiers essais de composition (thumbnails) et bien avant le choix des couleurs finales, Maurice Noble accordait une grande importance aux valeurs. La valeur est l’intensité lumineuse d’une couleur, du clair à l’obscur. Selon lui, si une composition fonctionne en nuances de gris, elle fonctionnera aussi bien avec à peu près n’importe quelle couleur. Il testait d’ailleurs ses premières ébauches en utilisant un filtre rouge ou bleu qui masquait les teintes et les saturations.

Dans son approche de la couleur, Maurice Noble a été influencé par le travail de plusieurs artistes du clair-obscur : Rockwell Kent, Paul Landacre, Lynd Ward et Gustave Doré, dont voici quelques gravures:

Gustave Doré, L’enfer de Dante, Wikimedia

Le contraste guide l’œil et l’amène à concentrer son attention, là où l’artiste le souhaite. Il crée des effets dramatiques ou resserre l’espace autour d’un personnage afin de créer une zone d’intimité. Particulièrement en animation, l’utilisation des valeurs doit améliorer la lisibilité des personnages et de l’action, même lorsque l’environnement est complexe.

Gustave Doré, Troubadours chantant la gloire des croisades, Wikimedia

Mes derniers essais de couleur manquaient, selon moi, de force et d’unité. Je travaillerai davantage les valeurs. À suivre… J’ajoute l’ouvrage sur Maurice Noble dans ma liste des essentiels.

Du dessin

Dimanche de poudrerie, pause au cœur de l’hiver, un temps pour la lecture.

« Je ne sais pas d’art qui puisse engager plus d’intelligence que le dessin. Qu’il s’agisse d’extraire du complexe de la vue la trouvaille du trait, de résumer une structure, de ne pas céder à la main, de lire et de prononcer en soi une forme avant de l’écrire ; ou bien que l’invention domine le moment, que l’idée se fasse obéir, se précise, et s’enrichisse de ce qu’elle devient sur le papier, sous le regard, tous les dons de l’esprit trouvent leur emploi dans ce travail, où paraissent non moins fortement tous les caractères de la personne quand elle en a.»

— Paul Valéry, Degas danse dessin, Gallimard, 1960