La marche de Maja

Et c’est reparti ! D’ici le 26 janvier, je dois avoir terminé la couleur des décors et l’animation brouillon des douze plans de mon démo. Je ne sais pas si je vais y arriver, je ferai de mon mieux. Pour commencer en douceur, j’ai revu un tutoriel d’Aaron Blaise sur la marche des quadrupèdes. Et j’ai dessiné un cycle de marche pour le personnage de Maja, la panthère, dont voici le premier jet :

Ma motivation est encore chancelante. Je suis encore sonné de la dernière session. J’ai décidé que j’allais donner priorité à ma santé : je reprends la course à pied. Et réserver un espace dans mon quotidien pour la lecture. Je m’en suis remis à la synchronicité à la Grande bibliothèque, en explorant le rayon des livres sur la motivation. Il y a dans cette section beaucoup de grands n’importe quoi, des approches bidons, recyclées par des pseudo coachs de vie. J’ai eu la chance de tomber sur un ouvrage de Piero Ferrucci, psychologue ayant popularisé l’approche de la psychosynthèse : Your inner will.

Sans complaisance, Piero Ferrucci explore les fondements de la volonté. Il illustre son propos par des histoires tirées de la mythologie ou du folklore. Un livre costaud, complexe et passionnant. Je lis bien en anglais, mais la richesse du vocabulaire m’a demandé quelques efforts. L’une des recommandations du Dr Ferrucci est de tenir un journal. Prendre une distance avec les événements et nos réactions permet de développer une vision plus claire de nos souhaits les plus sincères. C’est ce que je ferai ici.

Sur Facebook, j’ai vu passer la suggestion de Jennifer : Draw stronger, de Kriota Willberg. Guide très exhaustif sur la prévention des blessures chez les dessinateurs. Je connais plusieurs dessinateurs qui ne peuvent plus créer sans souffrir. Le sujet est donc important, et Kriota Willberg est une experte sur la question, mais l’ouvrage gagnerait à être synthétisé. Les gags sont sympathiques, mais répétitifs.

Regard sur soi

J’émerge lentement de la grippe, d’une journée à l’autre. Désœuvré, l’esprit embrumé, j’erre sur la Toile sans trop savoir ce que je cherche.

Je consulte régulièrement la page où seront affichés les résultats scolaires. Cette obsession n’a aucun sens. Les profs en animation ont pour philosophie de ne pas noter très haut. Et puis, je me suis toujours débrouillé pour mériter de bonnes notes, peu importe la matière. J’aime apprendre et je ne lésine pas sur le travail. Pourquoi me préoccuper des notes et rafraîchir la page des dizaines de fois ? Je pense que je cherche une confirmation, la confirmation que je suis à ma place. Une bonne note indiquerait que j’aurais fait le bon choix en étudiant en dessin animé. Je me doute bien que c’est ridicule, mais je ne peux m’en empêcher. Lire la suite

Éclaircie

Posé au creux de la vague, j’ai repris pied. En déroulant les couches de fatigues, j’ai vu qu’elles se chevauchaient comme des peaux d’oignons. La semaine de relâche était une arnaque ; on y avait entassé des travaux pour en occuper chaque seconde. Pas de répit pour les naïfs.

J’aimais bien ce plan, mais il ne sert pas la narration et sera probablement coupé.

Je devais m’arrêter, un temps. Je me suis permis de décrocher et j’ai pris un peu de recul. Lire la suite

Les archétypes rôdent

J’ai retrouvé tant d’histoires qui ressemblent à ma prémisse. Je la croyais unique, née en gribouillant autour de devoirs des cours d’animation ou de personnage. C’est probablement qu’elle touche à quelque chose d’universel, l’archétype de l’enfant qui rencontre les forces de la nature sous les traits d’un fauve. C’est d’ailleurs l’un des arcanes majeurs du tarot: La force.

La force, par Robert Place La force, par Alfons MuchaLa force, par Leo Tang
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Le lion de Jacob

J’ai eu un coup de foudre pour Jim’s Lion de Russell Hoban et Alexis Deacon, traduit en français par Monsieur Ed, sous le titre Le lion de Jacob. C’est l’histoire d’un petit garçon qui doit affronter des peurs trop grandes pour l’enfance et qui découvre en lui le courage sous la forme d’un lion gigantesque. Un thème qui se rapproche davantage du scénario que je tente de développer pour mon court-métrage.

Lion
Illustration d’Alexis Deacon

Les mots de Russell Hoban, tout en délicatesse, vont à l’essentiel pour raconter le quotidien de l’enfant. Ils s’effacent presque complètement lorsque celui-ci entre dans le monde des rêves. Les illustrations foisonnantes et redoutables d’efficacité d’Alexis Deacon prennent alors la relève. Juste et puissant, le résultat évoque l’imaginaire et la folie des bandes dessinées de Winsor McCay. Lire la suite

Ma panthère noire

Cet été, je dois finaliser mon scénario. J’ai fait de la recherche pour voir si des histoires similaires existaient. Ma première inspiration est venue du souvenir d’un livre que j’aimais beaucoup enfant, La grande nuit d’été (1957), de Lida Durdivoka, illustré par Romain Simon. Un garçon est entraîné par son chat dans la forêt lors d’une nuit magique où les animaux parlent et font la fête. Je rêvais de vivre une telle expérience.
La grande nuit d'été
Le livre est désormais difficile à trouver. J’en ai déniché un exemplaire à la Collection nationale.

À la Grande Bibliothèque, j’ai trouvé un livre pour enfant avec une prémisse vraiment très proche de la mienne. Ma panthère noire, d’Anne Sibran, illustré par Caroline Gamon. Par la fenêtre de sa chambre, une enfant aperçoit le regard d’une panthère au fond du jardin. Lire la suite

Évolution du projet de court-métrage

Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Nicolas Boileau

Une version préliminaire du scénario et du scénarimage seront remis aux professeurs dans les prochaines semaines. Je dois également présenter de nouveau l’histoire, cette fois-ci devant un panel d’étudiants. Le personnage principal a vieilli, il a maintenant 12 ans. La panthère a une allure plus menaçante. Elle ne sera visible que pendant une partie du film, l’accent est mis sur la réaction de l’enfant. Le décor de la chambre s’est précisé et la forêt est devenue un paysage de campagne : champs, collines, boisés. Dan, mon prof de personnage, dit que pour réussir un film poétique, il faut sacrifier la poésie et aller jusqu’à la disséquer. J’ai donc analysé en profondeur la signification de tous les éléments de l’histoire et les motivations du personnage.

Voici les dernières versions du croquis que je présenterai au 2e panel :

COMpLepasseurV2

Il me reste des améliorations à apporter. Lors d’un panel, j’ai entendu une conversation où deux personnes se demandaient s’il s’agissait d’une panthère ; la couleur est à réajuster. Le volume de l’avant-bras droit du garçon et le pied droit avant de la panthère sont à refaire…

Pour voir la toute première version, c’est ici.

Clair-obscur

La semaine de lecture m’a permis d’explorer la pensée de l’un des pionniers de l’animation américaine, Maurice Noble. L’ouvrage The Noble Approach, Maurice Noble and the Zen of Animation Design décrit sa méthode de travail, de l’idéation jusqu’au dessin final.

Après les premiers essais de composition (thumbnails) et bien avant le choix des couleurs finales, Maurice Noble accordait une grande importance aux valeurs. La valeur est l’intensité lumineuse d’une couleur, du clair à l’obscur. Selon lui, si une composition fonctionne en nuances de gris, elle fonctionnera aussi bien avec à peu près n’importe quelle couleur. Il testait d’ailleurs ses premières ébauches en utilisant un filtre rouge ou bleu qui masquait les teintes et les saturations.

Dans son approche de la couleur, Maurice Noble a été influencé par le travail de plusieurs artistes du clair-obscur : Rockwell Kent, Paul Landacre, Lynd Ward et Gustave Doré, dont voici quelques gravures:

Gustave Doré, L’enfer de Dante, Wikimedia

Le contraste guide l’œil et l’amène à concentrer son attention, là où l’artiste le souhaite. Il crée des effets dramatiques ou resserre l’espace autour d’un personnage afin de créer une zone d’intimité. Particulièrement en animation, l’utilisation des valeurs doit améliorer la lisibilité des personnages et de l’action, même lorsque l’environnement est complexe.

Gustave Doré, Troubadours chantant la gloire des croisades, Wikimedia

Mes derniers essais de couleur manquaient, selon moi, de force et d’unité. Je travaillerai davantage les valeurs. À suivre… J’ajoute l’ouvrage sur Maurice Noble dans ma liste des essentiels.