Jours d’attente

Pour rétablir un certain équilibre dans mon quotidien, je me suis remis à la lecture, en bande dessinée notamment. J’attendais avec fébrilité Jours d’attente de Simon Leclerc et Thomas Desaulniers-Brousseau. Icare et le géant, le film réalisé par Simon Leclerc en 2011, fait toujours partie de la compilation des «best-of» du programme de dessin animé.


Un déserteur doit se réfugier dans la maison de son grand-père au fond des bois. En attendant la fin de la guerre, il s’intéresse au passé trouble de ce bâtiment qu’il s’affaire à rénover. L’histoire de Thomas Desaulniers-Brousseau, toute en nuances, se déploie lentement, en strates multiples. Mais ce sont les images somptueuses de Simon Leclerc qui m’ont fasciné. La nature y devient magique ou sacrée. Elles brouillent les frontières entre le souvenir, le rêve éveillé et le fantasme. Je n’avais qu’une envie, me baigner dans cet univers et en explorer toutes les facettes.
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À la dure

Je suis têtu, j’ai toujours pressenti que c’était une force. Ma tête dure m’a été utile pour traverser les dernières semaines. J’essaie de ne pas trop penser aux mois à venir. Intellectuellement, j’ai compris qu’il me fallait lâcher prise, admettre que je ne sais pas où je m’en vais, même si ce n’est pas ma façon habituelle de fonctionner. Mais le corps a plus de mal à s’abandonner. Mes nuits sont secouées de cauchemars et de réveils angoissés.

En temps normal, l’arrivée des Fêtes me rassurerait. J’ai toujours associé Noël au repos, sous les couvertures à regarder tomber la neige. Mais cette année, les vacances se limiteront aux jours fériés, 25 décembre et 1er janvier. Entre les deux sessions, je dois finaliser mes dix décors en couleurs et faire une première version de l’ensemble de l’animation de mon film de finissant. Je dépose ici des traces de mon parcours pour me rappeler que j’avance. Un jour, je pourrai relire tout ça sous une couverture, en regardant tomber la neige…

J’ai passé de longues journées sur le projet Nuit d’orage. La scène se déroule à Budapest, dans une chambre avec vue sur le Danube et le parlement hongrois. Depuis plusieurs semaines, nous travaillons sur l’animation : un orage éclate (pluie, éclairs, brume sur le Danube), le vent ouvre le battant de la fenêtre (ma fenêtre arrondie est un sérieux défi de perspective !) et souffle la bougie (flamme qui frétille, halo, reflet, fumée). Tout ça avec le logiciel Harmony, que l’on ne maîtrise pas encore complètement et avec Photoshop, où l’on fabrique toutes les couleurs. Lire la suite

Éclaircie

Posé au creux de la vague, j’ai repris pied. En déroulant les couches de fatigues, j’ai vu qu’elles se chevauchaient comme des peaux d’oignons. La semaine de relâche était une arnaque ; on y avait entassé des travaux pour en occuper chaque seconde. Pas de répit pour les naïfs.

J’aimais bien ce plan, mais il ne sert pas la narration et sera probablement coupé.

Je devais m’arrêter, un temps. Je me suis permis de décrocher et j’ai pris un peu de recul. Lire la suite

Scénarimage

Ma motivation glisse en ce moment dans un creux de vague. On vient de passer la mi-session et je me retrouve épuisé, inquiet des échéances qui s’empilent et déçu par l’inconsistance du soutien offert par les professeurs. Je suis insatisfait de ce que je dessine alors que le rythme de production s’accélère. Et travailler dans une salle commune bruyante et sans fenêtre me pèse de plus en plus.

J’ai senti le besoin de rééquilibrer mon quotidien. J’ai largué les médias sociaux. En quête de quelque chose de plus nourrissant, je suis retourné au cinéma. (J’ai vu les excellents Jeune Juliette, Kuessipan et Matthias et Maxime.) Et j’ai laissé la lecture se refaire une place dans mes moments de liberté.

Voici quelques images de la version la plus récente de l’animatique présentée la semaine dernière devant un panel de professeurs et d’étudiants. Si je me fie aux commentaires, les émotions du personnage principal ont encore besoin d’être clarifiées. Le contraste devrait être plus fort entre la peur et la curiosité, entre l’émerveillement et la confiance. Le prof qui a démoli chacune des versions a demandé : « Pourquoi il est toujours triste ? »

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Fauve

Nous en sommes à l’étape de la préproduction : finaliser le design des personnages et des décors, tester l’animatique devant différents publics et… retourner encore à la table à dessin. Je dois réaliser de front toutes les étapes que se partagent habituellement plusieurs équipes. Par moment, j’ai un peu le vertige et je me concentre sur l’étape devant moi pour ne pas voir la montagne de travail qu’il me reste à faire.


La panthère schématisée (les pattes raccourcies lui donnent la silhouette d’un gros chat) pour le recueil de modèles (personnages, décors, accessoires, couleurs) que je suis en train de monter.

Boy & the World, la rébellion de l’imagination

C’est mon professeur de lay-out qui m’en a parlé le premier. Il croit que j’erre quelque part entre le réalisme et la stylisation (qu’il appelle l’allégorie). Pour lui le film Boy & the World (O Menino e o Mundo) est l’exemple parfait d’une stylisation à la fois extrême et parfaitement réussie. Le soir même, je regardais une entrevue d’Ed Hooks, homme de théâtre et auteur d’Acting for animation. Il citait lui aussi Boy & the World comme un exemple, mais cette fois-ci du jeu d’acteur des personnages. Il fallait que je voie ce film.

Visuellement, le film est un enchantement. Le réalisateur brésilien Alé Abreu a choisi d’utiliser au maximum les textures de la peinture, du papier, des crayons à colorier. Le personnage principal est un enfant de sept ans, simplifié à l’extrême, mais extraordinairement expressif. Le scénario qui se développe en spirale est parfaitement cohérent avec le visuel et le propos. C’est un film brillant, émouvant et une prouesse technique.

image du film Boy & the World

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Rentrée 2019

Demain, la rentrée, déjà. J’ai toujours aimé ce temps de l’année. Cette rentrée revêt un caractère particulier, c’est le début de ma dernière année de dessin animé et, à l’âge où je suis rendu, probablement mon dernier retour à l’école. Il fait un temps magnifique à Montréal et les nuits sont fraîches.

dessin libre

Dessin inspiré par celui de Juliette Dupéré, lors du Blitz du cours de personnage. La panthère et l’enfant flottaient parmi les étoiles, j’ajouterai peut-être le ciel étoilé à la couleur.

Semaine intensive de modèles vivants

Du 5 au 9 août, j’ai participé à une semaine intensive d’atelier de modèles vivants. Du lundi au vendredi, du matin au soir, dix modèles s’y sont succédé. J’y ai redécouvert le plaisir de dessiner. (Ç’a été un soulagement !) Faire partie de ce rassemblement d’artistes était électrisant. Même si la fatigue se manifestait, souvent, j’aurai voulu que cette semaine se poursuive indéfiniment. Voici quelques-uns des meilleurs dessins.


C’est toujours très éclairant de s’intéresser à la diversité des corps. L’organisation de la semaine Lire la suite