Klaus : Incandescent

Lorsqu’au début des années 2000, les studios Disney délaissent le dessin animé pour se tourner vers l’animation 3D, plusieurs annoncent la mort de l’animation traditionnelle. Après les succès de Pixar (Toy Story et Cie), le 3D s’accapare le territoire du cinéma d’animation américain. Le dessin animé est relégué à la télévision et aux productions médiocres. Encore aujourd’hui, quand je parle de mes études en dessin animé, on me regarde avec perplexité : « Tu fais de la 3D, non ? »

tiré de la bande annonce de Klaus

C’est donc en nageant à contre-courant que Sergio Pablos, animateur de renom, s’est lancé dans la réalisation d’un long métrage entièrement dessiné par des humains. Sergio Pablos ne cherchait pas à revenir à l’âge d’or de l’animation, mais à pousser le dessin animé au-delà des limites de l’animation 3D. Pour illustrer ce qu’il avait en tête et vendre le projet, il a réalisé la bande-annonce que voici en 2015. Depuis, tout le milieu de l’animation attendait avec fébrilité la sortie du film. C’est finalement grâce à Netflix que le projet s’est concrétisé, juste à temps pour les Fêtes 2019… Et les attentes n’ont pas été déçues.

Prouesse technique et chef d’œuvre de direction artistique, Klaus est un film européen taillé pour les marchés américains. Original, maîtrisé et visuellement magnifique. Faites-vous plaisir, allez voir Klaus!

Préproduction

J’aperçois enfin la fin de session qui se dessine à l’horizon. Je rêve d’avoir deux jours de congé collés, lové dans mon divan. (MAJ : ça se concrétisera le 21, 22 et 23 décembre!)

couverture du recueil de modèles
Couverture du recueil de modèles, sur laquelle j’ai passé trop de temps…

La fin de cette session correspondra à la fin de la préproduction. Ces dernières semaines seront intenses. Je dois terminer le recueil de modèles qui permettrait à une équipe fictive de terminer le film sans moi, en cas de décès, produire une première version des décors à la ligne de tous les plans (la mise en place/lay-out), planifier le timing de toute l’animation (les feuilles d’exposition ou xsheet) bâtir et documenter la maquette des effets spéciaux pour deux plans. Je dresse des listes et j’essaie d’avancer un pas à la fois, sans trop regarder la montagne qui s’élève devant moi. Lire la suite

Soir d’orage à Budapest

Réalisée pour le cours d’effets spéciaux, la scène se déroule dans une chambre de Budapest avec vue sur le Danube et le parlement hongrois. Ces 14 secondes ont demandé beaucoup de travail. Je suis particulièrement fier de la petite buée dans le bas de la vitre, du tremblement de la caméra au coup de tonnerre et de la tapisserie inspirée des motifs de la culture magyare. J’aime fignoler les détails que personne ne remarquera : j’avais pensé mettre les titres au dos des livres, dans la bibliothèque, mais c’était trop petit…

La scène a été colorée sur Photoshop avec des textures à l’aquarelle et animée sur Harmony. Ce projet marque la fin d’une étape. Dans quelques semaines, la préproduction de mon film de finissant sera complétée et la production se mettra en branle. Pendant le congé des Fêtes, je dois travailler à temps plein sur la colorisation des décors et une première version de l’animation des 12 scènes.

Orage à Budapest

À la dure

Je suis têtu, j’ai toujours pressenti que c’était une force. Ma tête dure m’a été utile pour traverser les dernières semaines. J’essaie de ne pas trop penser aux mois à venir. Intellectuellement, j’ai compris qu’il me fallait lâcher prise, admettre que je ne sais pas où je m’en vais, même si ce n’est pas ma façon habituelle de fonctionner. Mais le corps a plus de mal à s’abandonner. Mes nuits sont secouées de cauchemars et de réveils angoissés.

En temps normal, l’arrivée des Fêtes me rassurerait. J’ai toujours associé Noël au repos, sous les couvertures à regarder tomber la neige. Mais cette année, les vacances se limiteront aux jours fériés, 25 décembre et 1er janvier. Entre les deux sessions, je dois finaliser mes dix décors en couleurs et faire une première version de l’ensemble de l’animation de mon film de finissant. Je dépose ici des traces de mon parcours pour me rappeler que j’avance. Un jour, je pourrai relire tout ça sous une couverture, en regardant tomber la neige…

J’ai passé de longues journées sur le projet Nuit d’orage. La scène se déroule à Budapest, dans une chambre avec vue sur le Danube et le parlement hongrois. Depuis plusieurs semaines, nous travaillons sur l’animation : un orage éclate (pluie, éclairs, brume sur le Danube), le vent ouvre le battant de la fenêtre (ma fenêtre arrondie est un sérieux défi de perspective !) et souffle la bougie (flamme qui frétille, halo, reflet, fumée). Tout ça avec le logiciel Harmony, que l’on ne maîtrise pas encore complètement et avec Photoshop, où l’on fabrique toutes les couleurs. Lire la suite

Éclaircie

Posé au creux de la vague, j’ai repris pied. En déroulant les couches de fatigues, j’ai vu qu’elles se chevauchaient comme des peaux d’oignons. La semaine de relâche était une arnaque ; on y avait entassé des travaux pour en occuper chaque seconde. Pas de répit pour les naïfs.

J’aimais bien ce plan, mais il ne sert pas la narration et sera probablement coupé.

Je devais m’arrêter, un temps. Je me suis permis de décrocher et j’ai pris un peu de recul. Lire la suite

Fauve

Nous en sommes à l’étape de la préproduction : finaliser le design des personnages et des décors, tester l’animatique devant différents publics et… retourner encore à la table à dessin. Je dois réaliser de front toutes les étapes que se partagent habituellement plusieurs équipes. Par moment, j’ai un peu le vertige et je me concentre sur l’étape devant moi pour ne pas voir la montagne de travail qu’il me reste à faire.


La panthère schématisée (les pattes raccourcies lui donnent la silhouette d’un gros chat) pour le recueil de modèles (personnages, décors, accessoires, couleurs) que je suis en train de monter.

Boy & the World, la rébellion de l’imagination

C’est mon professeur de lay-out qui m’en a parlé le premier. Il croit que j’erre quelque part entre le réalisme et la stylisation (qu’il appelle l’allégorie). Pour lui le film Boy & the World (O Menino e o Mundo) est l’exemple parfait d’une stylisation à la fois extrême et parfaitement réussie. Le soir même, je regardais une entrevue d’Ed Hooks, homme de théâtre et auteur d’Acting for animation. Il citait lui aussi Boy & the World comme un exemple, mais cette fois-ci du jeu d’acteur des personnages. Il fallait que je voie ce film.

Visuellement, le film est un enchantement. Le réalisateur brésilien Alé Abreu a choisi d’utiliser au maximum les textures de la peinture, du papier, des crayons à colorier. Le personnage principal est un enfant de sept ans, simplifié à l’extrême, mais extraordinairement expressif. Le scénario qui se développe en spirale est parfaitement cohérent avec le visuel et le propos. C’est un film brillant, émouvant et une prouesse technique.

image du film Boy & the World

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Un cégep, la nuit

À la fin du mois de mai, j’ai été bénévole pour le gala des finissants du département d’animation. J’ai pu y voir, en primeur, les films étudiants de cette année. Comme bien d’autres, j’ai eu un coup de cœur pour le magnifique film d’introduction du gala, réalisé par Edith Lebel avec la complicité de Sébastien Lamontagne et d’une bonne partie de l’équipe pédagogique. On y reconnait l’ensemble des lieux que je fréquente au quotidien au CÉGEP du Vieux Montréal : les halls, le café l’Exode, l’ascenseur et les salles de classe.

Les vieux

Dernier travail d’animation de la session sur un thème imposé : Ragoût visite les vieux. 128 dessins sur 4 niveaux, pour 260 images. Ce sera probablement notre dernière animation sur papier. À l’automne, on arrive au XXIe siècle et on passe au numérique.